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Mémoire soumis au CRTC
2006
En réponse à l’Avis d’audience publique en radiodiffusion dans le cadre
de l’examen de certains aspects du cadre réglementaire de la télévision en direct
• CRTC 2006-5 (En français seulement)
Septembre 2006
1. Mémoire au CRTC. Par le présent mémoire, l’Observatoire
souhaite faire part au CRTC de ses préoccupations face à l’avenir du documentaire à
la télévision en direct pour les raisons suivantes: D’une part, la télévision en
direct (par ondes hertziennes) est le seul réseau télévisuel à rejoindre l’ensemble
de la population canadienne; d’autre part la présence du documentaire à la
télévision en direct est une question fondamentale d’identité culturelle, de
défense de la démocratie, de tolérance et d’ouverture sur le monde. Nous souhaitons
comparaître devant le CRTC afin de pouvoir préciser certains points qui seraient soulevés
par d’autres intervenants dans le cadre de cette audience.
2. L’Observatoire du documentaire, fondé en 2003 sous
l’égide des Rencontres internationales du documentaire de Montréal (RIDM), regroupe
les principales associations audiovisuelles professionnelles du Québec et du Canada. Il
se veut un lieu de réflexion, de rassemblement et de dialogue afin d’assurer au
documentaire sa place essentielle dans le cinéma. L’Observatoire veille à ce que le
documentaire assume pleinement son rôle fondamental dans la défense de la démocratie, de
la tolérance et de l’ouverture au monde. Il favorise la prise de parole et le débat
public suscités par les œuvres d’auteurs qui traitent des enjeux, des rêves
et des valeurs de la société. Il travaille à l’amélioration des conditions de
création, de production et de diffusion du documentaire de qualité.
3. Le Conseil d’administration de l’Observatoire est
composé de représentants des associations et organismes suivants: L’Alliance des
arts médiatiques indépendants (AAMI) * l’Association des producteurs de films et de
télévision du Québec (APFTQ) * l’Association québécoise des techniciens de
l’image et du son (AQTIS) * l’Association des réalisateurs et réalisatrices
du Québec (ARRQ) * la Canadian Film and Television Production Association (CFTPA) * le
Conseil du Québec de la Guilde canadienne des réalisateurs (CQGCR) * Documentaristes du
Canada (DOC) * l’Office national du film du Canada (ONF) * les Rencontres
internationales du documentaire de Montréal (RIDM) * le Vidéographe * Télé-Québec * la
Société Radio-Canada * la Canadian Broadcasting Corporation (CBC).
4. L’Observatoire a développé une vision holistique du
documentaire. Ses travaux consistent à concerter le milieu documentaire, à faire
des représentations auprès des autorités publiques et privées, à organiser des événements
professionnels (dont un Forum annuel) qui étudient chacun des éléments de la chaîne
documentaire et à publier des documents d’analyse afin de mieux connaître et faire
valoir l’importance du documentaire au Canada.
5. EXTRAITS de la Loi sur la radiodiffusion (1991) qui ont guidé notre
intervention: Le système canadien de radiodiffusion, composé d'éléments
publics, privés et communautaires, utilise des fréquences qui sont du domaine public et
offre, par sa programmation essentiellement en français et en anglais, un service public
essentiel pour le maintien et la valorisation de l'identité nationale et de la
souveraineté culturelle.
6. Deuxième extrait de la Loi sur la radiodiffusion (1991): Le
système canadien de radiodiffusion devrait servir à sauvegarder, enrichir et renforcer la
structure culturelle, politique, sociale et économique du Canada; favoriser
l'épanouissement de l'expression canadienne en proposant une très large programmation qui
traduise des attitudes, des opinions, des idées, des valeurs et une créativité artistique
canadiennes, qui mette en valeur des divertissements faisant appel à des artistes
canadiens et qui fournisse de l'information et de l'analyse concernant le Canada et
l'étranger considérés d'un point de vue canadien.
7. Le documentaire est le genre cinématographique qui a fait la
réputation du Canada à l’étranger depuis l’avènement du cinéma direct au
début des années soixante. Aujourd’hui, des films comme The Corporation et
Shake Hands With the Devil: the Journey of Roméo Dallaire, s’inscrivent
dans cette grande tradition et ont été primés au prestigieux Festival de Sundance.
D’autres ont connu de grands succès à la télévision et en salles comme À
hauteur d’homme et Les Voleurs d’enfance. Les nombreux
Oscar et autres prix gagnés à travers le monde par des films produits par
l’Office national du film du Canada et par les cinéastes et producteurs
indépendants confirment la reconnaissance internationale du documentaire canadien.
8. Importance socio-politique et culturelle du genre documentaire.
Nous vivons dans une époque marquée par des turbulences extrêmes, qu’elles soient
politiques, voire géo-politiques, économiques, sociales, écologiques et culturelles. Nous
avons tous et toutes besoin d’une réflexion documentée sur la réalité complexe qui
nous entoure. Les cinéastes documentaristes qui nous apportent le fruit d’une
réflexion distanciée sont une source de richesse incomparable pour la connaissance de ce
monde, pour la qualité de notre réflexion critique et pour notre tolérance à la
différence de l’autre. Les documentaristes créent un espace de liberté essentiel à
la vie démocratique.
9. Le CRTC a déjà reconnu l’importance du documentaire en
désignant les documentaires de longue durée «émissions prioritaires» et en les incluant
dans les émissions canadiennes sous-représentées aux heures de grande écoute.
L’Observatoire souhaite vivement que cette désignation soit maintenue.
10. Quelques données chiffrées. Selon le rapport Tout un monde
derrière le petit écran publié par le Fonds canadien de télévision en 2006, le genre
documentaire représente 37% des heures produites financées par le FCT avec seulement 19%
de son budget de financement. Le nombre d’heures est en hausse depuis deux ans
alors que l’enveloppe subit une légère baisse depuis deux ans. Par ailleurs, selon
Profil 2006, un rapport économique sur la production cinématographique et
télévisuelle au Canada (APFTQ/CFTPA), alors que les émissions de fiction ont augmenté de
15% au cours de l’année 2004-2005, les documentaires ont diminué de 13%. Le
nombre d’heures documentaires a diminué de 11%. Le budget horaire
moyen des documentaires s’établissait à 180 000$, soit 3% sous le
montant courant en 2003-2004.
11. Importance de la présence soutenue d’une diversité de documentaires
sur les principales chaînes publiques et privées de la télévision en direct.
Rappelons que selon l’enquête de Canadian Media Research Inc., août 2006 (publiée
sur le site du CRTC), quoique l’auditoire qui dépend de la réception en direct soit
en nette diminution, il y a encore un pourcentage important de spectateurs qui y a
recours. Par exemple, aux réseaux privés: Global 7,8%, CTV 14%, TVA 23%, TQS 21,5%; aux
réseaux publics: CBC 16,2% SRC 20%, TQ 33,3% TVO 25%. On notera que les réseaux publics
qui accordent le plus d’importance au documentaire sont ceux qui ont le plus fort
pourcentage d’auditoire qui dépend de la réception en direct.
12. Ce précieux apport à la vie démocratique que constitue le documentaire doit être
accessible à l’ensemble de la population et c’est pourquoi
l’Observatoire recommande que le CRTC s’assure d’une présence
grandissante d’une diversité de genres documentaires et en particulier du
documentaire d’auteur sur les ondes hertziennes. Les chaînes de télévision en
direct, en particulier les chaînes publiques, sont les vaisseaux amiraux
de la télévision; le choix d’émissions des télédiffuseurs est un message à la
population de ce qui est important et de ce qui ne l’est pas. Le message des
télédiffuseurs devrait indiquer clairement que le documentaire d’auteur est
essentiel à leur public.
13. En outre, comme le documentaire d’auteur — qui propose en général une
réflexion sur le monde, — arrive difficilement à concurrencer les émissions de
divertissement, les télédiffuseurs doivent créer un environnement
favorable au documentaire afin d’attirer davantage le public. Par exemple
nous sommes reconnaissants à Télé-Québec de diffuser les documentaires sans pauses
publicitaires et dans leur version pleine longueur. Nous sommes aussi reconnaissants à la
Société Radio-Canada d’avoir redonné à l’heure documentaire un minutage de
format international c’est à dire 52 minutes alors qu’il était tout récemment
de 44,30 minutes. Nous croyons qu’il est tout aussi important de faire de la sortie
d’un documentaire un événement remarquable, par la programmation d’émissions
d’appui (entrevue du réalisateur ou du personnage, débat d’experts ou du
public, etc) et par de la publicité-maison.
14. L’Observatoire rappelle que le Comité permanent de Patrimoine
canadien a recommandé dans son Rapport intérimaire sur l’industrie
canadienne de la cinématographie (juin 2006): «que CBC/Radio-Canada élabore un plan
à long terme pour accroître progressivement le nombre d’heures de diffusion de
films et de longs documentaires canadiens sur les réseaux de langue anglaise et
française».
15. L’Observatoire désire aussi rappeler au CRTC l’importance cruciale du
Fonds canadien de télévision (FCT) dans la protection et la promotion de
la télévision canadienne et en particulier du genre documentaire et souhaite que son
enveloppe soit augmentée.
16. Depuis cette année, la télévision publique nationale bénéficie
d’une enveloppe protégée au Fonds canadien de télévision, ce qui rassure tous ceux
et celles qui croient que des documentaires d’auteur peuvent rarement satisfaire
aux mêmes critères de performance en matière d’auditoire que les autres types
d’émissions.
17. L’Observatoire souhaite que les enveloppes des télévisions
éducatives puissent bénéficier d’une protection semblable d’une part
parce qu’elles accordent une place de choix aux documentaires d’auteur et
d’autre part, parce que leur mandat se concilie difficilement avec le critère de
performance; de plus leurs budgets actuels leur permettent difficilement d’octroyer
des licences importantes, ce qui les désavantage dans la grille d’analyse du Fonds
canadien de télévision.
18. Droits d’exploitation des nouvelles plateformes.
(C’est-à-dire selon la définition de l’APFTQ: les nouveaux modes de
diffusion des émissions hors cadre de la radiodiffusion traditionnelle, comme la
diffusion simultanée sur les sites Internet des diffuseurs, la télédiffusion mobile par
cellulaire et autres appareils de réception mobiles, la vidéo sur demande par Internet,
etc.) Il est crucial que le CRTC se penche sur cette question et s’assure
que les ayants-droit seront protégés et rétribués équitablement.
19. L’implantation de la production et de la distribution numérique
haute définition occasionne des frais très importants pour les télédiffuseurs.
L’Observatoire s’inquiète que cette transformation technologique se fasse au
détriment des budgets réservés à la production et qu’elle se manifeste par une
diminution du nombre d’émissions commandées ainsi que par une diminution du montant
des licences accordées. Nous souhaitons que le CRTC soit très vigilant sur cette question
afin que la qualité et le nombre d’émissions documentaires ne soient pas pénalisés
par la mise à niveau technologique.
20. L’Observatoire remercie les membres du CRTC de leur
bienveillante attention aux préoccupations de notre organisme et espère que ces
commentaires et recommandations seront utiles à la défense et à la promotion du
documentaire canadien et à celles d’une télévision de qualité.
Fin du document
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