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Recherches > Une expression artistique, un projecteur de démocratie (2005) > Le cinéma documentaire: Une expression artistique, un projecteur de démocratieMémoire déposé au Objet: L’industrie canadienne de la cinématographie Note: L’Observatoire du documentaire souhaite comparaître devant le Comité, lors des audiences publiques que le Comité tiendra en 2005. Février 2005 Sommaire des recommandationsL’Observatoire recommande: Que le Gouvernement du Canada annule les coupures imposées en 2004 aux institutions audiovisuelles canadiennes, notamment: à Téléfilm Canada, à l’Office national du film du Canada, à la Société Radio-Canada, à la Canadian Broadcasting Corporation, au Conseil des arts du Canada, au Fonds canadien du film et de la vidéo indépendants. Production
Diffusion
Distribution
Promotion
Formation continue des cinéastes
Objectif de l’étude du Comité permanent de Patrimoine canadienL’étude, qu’entreprend le Comité permanent de Patrimoine canadien, vise essentiellement «à découvrir dans quelle mesure la politique cinématographique canadienne du gouvernement fédéral a contribué à développer et à retenir des créateurs talentueux, à favoriser la qualité et la diversité du cinéma canadien, à accroître le nombre de spectateurs, ici et à l’étranger, à préserver et à diffuser notre collection de films canadiens». ContexteLe cinéma documentaire doit pouvoir continuer à jouer son rôle de défenseur de la démocratie, de la tolérance et de l’ouverture au monde. Il doit continuer à traiter des enjeux, des rêves et des valeurs de la société. Pour cela, le documentariste doit disposer de la liberté, de l’autonomie et du temps nécessaires à la réflexion et à la création. Le documentaire contribue à tisser des liens entre les différentes communautés culturelles du pays et à présenter un point de vue alternatif sur le plan international. Une cinématographie nationale qui présente le point de vue de ses cinéastes sur le Canada et le monde combat du coup la vision hégémonique américaine. Le documentaire est le genre cinématographique qui a fait la réputation du Canada à l’étranger depuis l’avènement du cinéma direct au début des années soixante. Encore aujourd’hui, des films comme The Corporation, en 2003, et Shake Hands With the Devil: the Journey of Roméo Dallaire, en 2004, s’inscrivent dans cette grande tradition et ont été primés au prestigieux Festival de Sundance. Autre exemple: Ce qu’il reste de nous est à l’affiche en salles depuis le 13 août 2004. Et les nombreux Oscar et autres prix gagnés à travers le monde par des films produits par l’Office national du film du Canada confirment la reconnaissance internationale du documentaire canadien. Sur le plan de l’impact économique, en 2002-2003, le documentaire représente 12 p. 100 de toute la production audiovisuelle canadienne, soit 366 millions en volume total de production, soit aussi la création de 14 000 emplois directs et indirects au Canada. C’est une industrie en croissance qui a augmenté au taux annuel moyen de 12 p. 100 au cours des sept dernières années, comparativement à une croissance de 6 p. cent pour l’ensemble de la production. Cependant, l’industrialisation de l’art cinématographique, qui a favorisé cette croissance, a modifié considérablement le paysage de la création cinématographique. Résultat: la liberté d’expression et la création artistique sont menacés de façon inquiétante. Selon l’étude La Production documentaire au Québec et au Canada, phase 21, l’arrivée des chaînes spécialisées a favorisé une augmentation de la demande de documentaires, mais le financement n’a pas suivi cette croissance. Ainsi, le budget de production moyen d'un documentaire a diminué de 20 p. cent par rapport à celui du début des années quatre-vingt-dix. La multiplication et la diversité des sources de financement maintenant nécessaires au montage financier d’un film, de même que leurs exigences bureaucratiques, alourdissent considérablement la tâche des petites maisons de production — qui produisent la majorité des documentaires d’auteur — et les fragilisent. De plus, on assiste à un renversement de la pyramide, et ce sont maintenant, souvent, les télédiffuseurs qui déterminent les sujets et qui dictent aux cinéastes et aux producteurs le format, voire le sujet et le traitement des œuvres documentaires. Par conséquent, les cinéastes subissent une perte importante de liberté, d’autonomie et de temps de réflexion. Bon nombre de répondants à l’étude Cox confient qu’ils travaillent plus qu’il y a cinq ans, qu’ils gagnent moins qu’il y a cinq ans et qu’ils font des films de moindre qualité à plus petits budgets. Tout cela inquiète beaucoup les membres de l’Observatoire du documentaire2, et voilà pourquoi nous avons jugé bon de vous transmettre l’état de nos réflexions et de vous faire part de nos recommandations. Nous souhaitons vivement que le Comité permanent du Patrimoine canadien leur accorde toute l’attention que la création documentaire mérite et dont elle a besoin pour continuer à témoigner de l’état du monde. Vision holistique du documentaireAu cours de ses travaux, l’Observatoire s’est employé à développer une vision holistique du documentaire, c’est-à-dire que nous tenons compte de l’ensemble des éléments qui composent la chaîne du documentaire. Les éléments significatifs, selon nous, sont les suivants: la réalisation/production des œuvres cinématographiques, leur diffusion, leur distribution, la promotion du documentaire et, enfin, la formation des cinéastes et le développement des auditoires. Nous avons regroupé nos recommandations sous chacun de ces éléments. ProductionLe volume total de la production documentaire au Canada, en 2002-2003, s’élève à 366 millions. Selon l’étude Toute la vérité/Getting real3, le budget de production moyen d'un documentaire a diminué de 20 p. 100 par rapport à celui du début des années quatre-vingt-dix. Même si celui-ci a tendance à se stabiliser, tous s’entendent pour dire que ce phénomène est très préoccupant. Plusieurs institutions investissent dans la production de documentaires, et toutes ont un rôle spécifique et complémentaire à y jouer. C’est pourquoi nous regrettons beaucoup la décision du Gouvernement de sabrer dans les budgets de toutes les institutions audiovisuelles canadiennes. Nous croyons que cette décision aura — a déjà — un impact désastreux sur le cinéma documentaire. Téléfilm Canada est l’institution canadienne qui doit soutenir l’industrie cinématographique canadienne.
Étonnamment, l’aide à la production de longs métrages documentaires destinés aux salles ne fait pas partie des programmes de Téléfilm. Déjà, en 2001, le groupe Urgence long métrage documentaire demandait la mise sur pied d’un Fonds de production de longs métrages documentaires avec l’engagement financier d’un distributeur. Le groupe déposait aussi une pétition de 192 noms de cinéastes professionnels à Patrimoine canadien, à Téléfilm Canada, à l’ONF et à la SODEC. En 2003, la SODEC, répondant à ce besoin, mettait en place un programme d’Aide à la production du long métrage documentaire destiné aux salles de cinéma commerciales avec l’engagement financier d’un distributeur. Faut-il le rappeler, le documentaire est l’élément fondateur et déclencheur de notre cinématographie nationale. Dans la conjoncture actuelle où le documentaire connaît un regain de popularité spectaculaire auprès du public québécois, canadien et étranger, il est urgent de créer un programme disposant des fonds permettant d’accueillir un nombre significatif de longs métrages documentaires destinés au marché des salles de cinéma. Nous sommes reconnaissants au nouveau directeur général de Téléfilm, monsieur Wayne Clarkson, d’avoir déclaré à Prime Time à Ottawa, en février 2005:
L’Observatoire recommande:
Le Fonds canadien de télévision (FCT) est une très importante source de financement du documentaire au Canada. L’organisme a injecté 48 millions, en 2002-2003, dans des productions destinées à l’ensemble des diffuseurs canadiens.
Dans l’enveloppe du Fonds canadien de télévision (FCT), pour l’année 2002-2003, les documentaires ont représenté 61 p. 100 du nombre de productions, 38 p. 100 de toutes les heures d’émissions et… 18 p. 100 seulement des fonds accordés. Les modifications récentes aux principes directeurs du FCT (financement par le biais d’enveloppes de rendement des télédiffuseurs) ont eu des effets sur le documentaire — il nous est difficile d’en évaluer les conséquences pour le moment. Les études en cours, dans le cadre des travaux du Groupe consultatif sur les politiques visant les documentaires, nous permettront d’en savoir plus et de pouvoir faire des recommandations précises au cours de la prochaine année. Cependant, le FCT doit demeurer vigilant pour protéger et mettre en valeur le documentaire d’auteur. L’Observatoire recommande:
L’Office national du film du Canada a-t-il besoin de présentation? Cette institution maintient la grande tradition du documentaire d’auteur et possède l’expertise en ce domaine au Canada. L’ONF permet, grâce à son prestige et à sa production audacieuse, de contrebalancer l’importance grandissante de la vision industrielle du documentaire. L’ONF n’est pas en concurrence avec le privé; c’est le centre de la recherche et du développement du documentaire au Canada, le laboratoire, le lieu d’expérimentation, l’endroit où se font les films les plus «à risque». Encore une fois, nous déplorons les coupures que le Gouvernement impose à cette institution. Le Commissaire à la cinématographie et directeur général, monsieur Jacques Bensimon déclarait récemment6:
L’Observatoire recommande:
Le Fonds canadien du film et de la vidéo indépendants (FCFVI) reçoit les demandes de cinéastes qui, en général, n’ont pas accès aux programmes de Téléfilm et du FCT; les projets de ces cinéastes, débutants ou chevronnés, sont à fort contenu socio-culturel ou éducatif et s’orientent vers une distribution non commerciale. En 2003, la subvention gouvernementale au FCFVI a été considérablement réduite, ce qui diminue d’autant sa capacité d’intervention dans le domaine des premières œuvres — un univers particulièrement vulnérable mais combien nécessaire. Depuis le printemps de 2004, l’Observatoire et l’ensemble du milieu associatif documentaire collaborent avec les institutions fédérales et provinciales au Groupe consultatif sur les politiques visant les documentaires. C’est la première fois que l’ensemble des intervenants se penche collectivement sur l’avenir du documentaire au Canada. L’Observatoire recommande:
Diffusion
Sur les ondes de la télévision publique, «un des liens sociaux les plus forts», selon le chercheur français Dominique Wolton, la présence du documentaire est une question fondamentale de défense de la démocratie, de la tolérance et de l’ouverture sur le monde. L’Observatoire du documentaire reconnaît l’importance et l’attention soutenues que la Société Radio-Canada et la Canadian Broadcasting Corporation accordent au documentaire. Cependant, nous croyons que l’impact du documentaire doit être amélioré de plusieurs façons. On peut ainsi établir un environnement favorable qui donnera une visibilité et une portée accrues aux œuvres grâce, entre autres, aux moyens suivants:
Par ailleurs, en ce qui concerne la CBC, l’Observatoire compte que les œuvres uniques continueront à bénéficier d’une place privilégiée parallèlement aux séries et aux mini-séries documentaires. Lorsque le Canada s’est doté d’une politique culturelle en matière de télédiffusion, il a créé le Conseil de radiotélévision du Canada (CRTC) dont le mandat spécifie que le système canadien de radiodiffusion devrait:
Ainsi, le CRTC octroie à des télédiffuseurs — publics et privés — le privilège d’utiliser les ondes publiques. Il peut donc, en échange, en vue d’atteindre ses objectifs, exiger un certain nombre de conditions de la part de ces télédiffuseurs. La présence du documentaire d’auteur fait partie de ces objectifs. L’Observatoire recommande:
DistributionLa distribution du documentaire est préoccupante, au point où l’Observatoire entend organiser un Forum sur la question en novembre 2005. D’une part, les distributeurs de documentaires se font de plus en plus rares au Canada; sans compter que la plupart des documentaires commandent une distribution de type socio-culturel plutôt que commercial — donc un type bien particulier de maison de distribution. D’autre part, le succès commercial des documentaires en salles conventionnelles est plutôt exceptionnel8. Il faut donc intervenir sur les programmes actuels (suivant nos recommandations à Téléfilm Canada, chapitre Production) et explorer des pistes alternatives. Étant donné que la création des documentaires se fait surtout en mode numérique et que le transfert en 35 mm est très coûteux, des avenues de distribution en salles, autres que la distribution conventionnelle, doivent être explorées. Ainsi, grâce au regroupement DocuZone, aux Pays-bas, le Dutch Film Fund a contribué à la création de 10 salles numériques; en contrepartie, des plages-horaires de ces salles sont réservées au documentaire. Le U.K. Film Council, de son côté, installe actuellement un réseau de 250 lieux de projection numérique, en conservant de l’espace-temps pour des productions non hollywoodiennes. L’ONF et Téléfilm Canada ont commandé une étude sur la question des salles numériques, et nous attendons les résultats avec beaucoup d’intérêt. Il est important de préciser que le financement de la création d’un tel réseau ne devrait pas provenir de l’enveloppe impartie à la production audiovisuelle. La distribution en DVD présente aussi des exigences particulières. Sur un DVD, outre le programme principal, on trouve des compléments (biographies, entrevues, documentation, etc.) qui deviennent de plus en plus sophistiqués. Les frais occasionnés par la production de ces compléments ne sont pas encore reconnus comme des dépenses admissibles au budget de production des films. L’Observatoire recommande:
PromotionLa promotion du cinéma documentaire se présente sous plusieurs volets. Par exemple, le Gouvernement a lui-même la possibilité de jouer un rôle important dans la promotion du cinéma canadien à l’étranger, en dotant ses ambassades et ses consulats de collections de films canadiens, mises à la disposition de l’industrie audiovisuelle, des étudiants et des cinéphiles de tous les pays. Au Canada, plusieurs festivals se consacrent au cinéma documentaire ou lui accordent une place importante dans leur programmation. Entre autres: les Rencontres internationales du documentaire de Montréal, Hot Docs, Vancouver International Film Festival… Ces festivals contribuent activement à valoriser l’image du documentaire et à le faire reconnaître. D’autres organismes (DOC, l’Observatoire du documentaire) travaillent à améliorer les conditions de production et de diffusion du documentaire, à conforter son rôle de défenseur de la démocratie, de la tolérance et de l’ouverture au monde, tout en appuyant les documentaristes à continuer de traiter des enjeux, des rêves et des valeurs de la société. L’Observatoire recommande:
Formation continue des cinéastesAu cours de l’année 2004, l’Observatoire a participé au Comité directeur d’une étude sur la formation des documentaristes, effectuée par le Conseil des ressources humaines dans le secteur culturel du Canada (CRHC). Les conclusions seront rendues publiques au cours du printemps de 2005. De plus, l’Observatoire a organisé en novembre dernier, dans le cadre des Rencontres internationales du documentaire de Montréal, un Forum destiné au milieu professionnel, intitulé: Cinéaste du réel, quelle formation pour quel métier? Nous retenons, du Forum et de l’étude du CRHC, la nécessité de jeter des passerelles entre le milieu académique et le milieu professionnel, entre l’apprenti et le chevronné. La transmission de la passion et le partage de l’expérience constituent des éléments clés de la formation du documentariste. L’Observatoire recommande:
Développement des auditoiresDès la petite enfance, les jeunes sont sollicités par des millions d’images en mouvement, que ce soit à la télévision, au cinéma ou sur les écrans d’ordinateurs. Les programmes scolaires les forment toujours — avec raison — à la lecture, à l’écriture et au calcul. Cependant, nous pensons que les enfants doivent aussi apprendre très jeunes à décoder une image, un message audiovisuel. De la même façon, à l’adolescence, les jeunes doivent développer une connaissance des œuvres cinématographiques et audiovisuelles, comme ils le font en littérature, en arts visuels ou en arts de la scène. L’éducation étant de juridiction provinciale, l’Observatoire réserve ses commentaires et ses recommandations sur le développement des auditoires en vue de les acheminer aux institutions responsables. Toutefois, nous tenons à attirer l’attention du Comité permanent sur cette question de très grande importance. Il en va de l’avenir des jeunes. L’Observatoire remercie les membres du Comité permanent de Patrimoine canadien de leur bienveillante attention. SiglesAPFTQ: Association des producteurs de films et de télévision du Québec |
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0.600 le jeudi 3 février 2011. Conception et mise à jour: DIM.