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Mémoire soumis au CRTC
2008
[Not available in English]
Audiences publiques du CRTC sur le fonds canadien de télévision
Mardi le 5 février 2008
Présentation des représentants de l’observatoire du documentaire:
- Nathalie Barton: productrice; Présidente d’InforAction Films Inc.
- Jean-Pierre Gariépy, cinéaste, Directeur général de l’Observatoire du
documentaire.
1. L’observatoire du documentaire
L’Observatoire du documentaire, fondé en 2003 sous l’égide des Rencontres
internationales du documentaire de Montréal (RIDM), regroupe les principales associations
audiovisuelles professionnelles du Québec et du Canada. Il est un lieu de réflexion, de
rassemblement et de dialogue afin d’assurer au documentaire sa place essentielle
dans le monde audio-visuel. L’Observatoire du documentaire veille à ce que le
documentaire assume pleinement son rôle fondamental dans la défense de la démocratie, de
la tolérance et de l’ouverture au monde.
L’Observatoire du documentaire favorise la prise de parole et le débat
public, suscités par les œuvres d’auteurs qui traitent des enjeux, des rêves
et des valeurs de la société. Il travaille à l’amélioration des conditions de
création, de production et de diffusion du documentaire.
Le documentaire que nous soutenons inclut tous les genres: nature, animalier,
culturel, historique, sociopolitique, archives, docu-feuilleton et reconstitution
dramatique. Et tous les formats: documentaires uniques de court, moyen et long métrage,
collections, courtes et longues séries. Cinq de nos membres sont présents, ici, cette
semaine afin de présenter leur propre mémoire sur le Fonds Canadien de Télévision. Nous
n’empiéterons donc pas sur les aspects précis qu’ils désirent aborder. Nous
réitérerons plutôt les principes que nous soutenons.
2. Principe du soutien de l’État
L’observatoire du documentaire défend le principe du soutien gouvernemental à la
culture. Ce soutien du gouvernement canadien à la culture est historiquement une des
forces de ce pays, d’un océan à l’autre et un de ses plus grands pôles de
rayonnement à travers le monde.
Le Fonds Canadien de Télévision constitue une forme hautement démocratique et
fructueuse de ce soutien des citoyens canadiens envers des genres télévisuels sous
représentés, soit les émissions Jeunesse, les dramatiques, les variété et art de la scène
et le documentaire. La législation sur les entreprises de distribution de radiodiffusion
(EDR) qui a mis sur pied le Fonds Canadien de télévision en 1996 a donné lieu à une
diversification sans précédent de l’industrie canadienne de production dans ces
genres télévisuels.
Pour ce qui est du documentaire, la société canadienne a profité d’un
déploiement unique. Partout au pays, des artisans, auteurs, réalisateurs et
réalisatrices, producteurs et diffuseurs ont contribué à une forte augmentation
d’œuvres variées de grande qualité, présentées au grand public aux heures de
grande écoute. L’essor de l’industrie audio-visuelle canadienne en
documentaire donne de multiples retombées.
Aujourd’hui, la très grande majorité des documentaires réalisés au Canada, sont
le fruit du travail de cinéastes canadiens et de maisons de production canadiennes. Tous
ces artisans et partenaires ont le souci premier de rejoindre un vaste public, ici et à
travers le monde. Cela est rendu possible par la collaboration des télédiffuseurs
canadiens, généralistes, publics, privés, éducatifs ou spécialisés. Tous travaillent dans
le même sens: permettre aux Canadiens et aux Canadiennes d’accéder à un des plus
vastes répertoires au monde d’œuvres audiovisuelles variées, dans les genres
soutenus par le Fonds Canadien de Télévision.
De 1999 à 2004, la moyenne annuelle d’heures d’écoute de documentaires
canadiens sur les chaînes canadiennes a presque doublé. Les documentaires ayant obtenu
les plus fortes cotes d’écoute ont attiré un auditoire moyen par minute de plus
d’un million de téléspectateurs, ce qui est comparable à l’auditoire des
dramatiques canadiennes les plus populaires. Parmi les genres produits avec l’aide
du Fonds Canadien de Télévision, le documentaire est l’un de ceux qui attirent le
plus de téléspectateurs canadiens vers la programmation canadienne.
Nous croyons donc au soutien de l’État à la culture. Par ses politiques,
l’État canadien développe une industrie de production indépendante. Cette industrie
génère des oeuvres canadiennes pour le public canadien. Dans cette perspective, le Fonds
Canadien de Télévision est l’outil indispensable pour la création et la production
de ces œuvres, dans les genres jeunesses, variétés, dramatiques et documentaires.
Nous réaffirmons donc sans équivoque notre appui au Fons Canadien de Télévision dans
l’esprit où il a été créé.
3. Un fonds mixte
Nous nous opposons fortement à la recommandation du Groupe de travail, que soit créé,
avec les contributions des entreprises de distribution et de radiodiffusion (EDR), un
fonds dédié uniquement au privé. Sur le plan légal, le Fonds Canadien de Télévision est
doté de sources financières mixtes, provenant du ministère du Patrimoine canadien (MPC)
et des entreprises de distribution et de radiodiffusion (EDR). Ces fonds, régis par des
lois et des règlements gouvernementaux et publics, font historiquement l’objet
d’un très large consensus au Canada. Cet objectif collectif est de mettre
légalement à contribution les individus et les entreprises, pour produire des
œuvres originales canadiennes destinées au public canadien dans son ensemble. Le
Fonds Canadien de Télévision illustre parfaitement cette tradition démocratique. Ce Fonds
a consolidé une industrie de production audiovisuelle vigoureuse et croissante.
Nous appuyons le point de vue exprimé par plusieurs autres intervenants, dont les
membres de l’Observatoire du documentaire, à savoir que les contributions des
entreprises de distribution et de radiodiffusion (EDR), quelles qu’elles soient,
sont des sommes publiques qui n’ont aucunement à être utilisées pour
l’opération d’un fonds privé. Nous sommes donc fermement pour le maintien de
l’obligation pour toutes les EDR de contribuer au financement des genres
prioritaires soutenus par le Fonds canadien de Télévision dans le cadre d’un fonds
unique.
Un fonds distinct, opéré selon une logique commerciale, entre autres sur la base de
cotes d’écoute, trahirait la vocation initiale du FCT dont nous venons de parler,
et mettrait en cause le développement de notre culture audiovisuelle. En ce qui concerne
l’évaluation des succès, toute la chaîne de production canadienne en télévision et
en nouveau média a à cœur le succès public, par conviction autant que par
nécessité. Les succès publics et commerciaux sont variables sur le plan régional,
linguistique et démographique. Ils reflètent la diversité de ce pays. Toute tentative
d’évaluation de succès doit donc tenir compte de ce large mandat du Fonds Canadien
de Télévision. Ce mandat inclut autant des mesures de rentabilité que le développement
culturel et éducatif.
Le FCT applique déjà des dispositions qui tiennent compte des mesures
d’auditoire, entre autres, pour déterminer le montant de l’enveloppe dont
dispose chaque EDR. Dans le marché francophone nous estimons que cette mesure produit des
distorsions qui pénalisent le documentaire à l’antenne des chaînes éducatives et
spécialisées, qui n’ont pas les mêmes cotes d’écoutes que les
généralistes.
La distribution des fonds doit donc se faire de manière équitable entre les
télédiffuseurs en fonction de leur mandat propre et respectif. Les télévisions éducatives
sont essentielles à l’avenir du documentaire. Elles n’ont pas le même mandat
ni les mêmes moyens que les télévisions généralistes, publiques ou privées. Par
conséquent, la seule logique commerciale ne peut s’appliquer pour déterminer les
allocations. Nous sommes d’avis qu’un système d’attribution objectif et
pondéré doit primé. Un système aux règles claires et transparentes qui favorise toutes
les formes de production et de diffusion au Canada.
4. Le Conseil d’administration du Fonds Canadien de Télévision: un reflet de
l’industrie
La solution mise de l’avant, par le groupe de travail, pour une nouvelle
composition du CA du FCT ne fait pas l’unanimité. La polarité créée par le rapport
entre bénéficiaires et contributeurs ne peut qu’envenimer le débat. Le conseil
d’administration doit refléter le mandat clair et consensuel du Fonds Canadien de
Télévision. Il doit être le reflet de toutes les entreprises publiques et privées qui
desservent les téléspectateurs.
Toute forme de représentation au sein du FCT qui favoriserait un type de
produit ou un type de résultat particulier risque de créer une iniquité de redistribution
des fonds alloués. Tous les joueurs de l’industrie doivent être
représentés.
5. Évolution technologique
Ce soutien constant de l’État est en constante évolution, comme l’est la
culture et comme le sont les technologies qui la créent et la diffusent. Il existe une
tradition au Canada d’intégrer les nouvelles technologies, depuis les toutes
premières ondes radio jusqu’aux toutes dernières transmissions numériques, dans le
processus démocratique et dans le partage des valeurs canadiennes. Au Canada, les grandes
phases historiques d’évolution technologique ont toujours été accompagnées
d’une volonté d’encadrement législatif, représentative des valeurs
démocratiques de ce pays. Les nouvelles plateformes n’échappent pas à cette
tradition. Elles ont de plus en plus d’influence sur le paysage audiovisuel
canadien. Il s’agit d’une évolution technologique qui s’additionne aux
autres. Le documentaire est un genre qui évolue parfaitement sur les nouvelles
plateformes. Il s’y prête avec souplesse en création, en production, en diffusion
et en distribution.
Les nouvelles plateformes doivent donc faire l’objet d’une analyse
en profondeur afin que l’on puisse légiférer de manière équitable et prospère pour
l’ensemble de la population et de l’industrie et concevoir un financement
distinct et adéquat pour ce domaine de la production.
6. En conclusion
On dit souvent que le visionnement d’un documentaire peut changer une vie. Ces
regards posés sur la réalité par les créateurs de documentaires ont une incidence sur la
vie de nos concitoyens. Ils ont une influence sur nos perceptions. Tous et toutes, ici,
avons vécu de tels impacts après avoir vu un documentaire, à un moment donné de notre
vie.
À l’Observatoire du documentaire, nous considérons que le Fonds Canadien de
Télévision permet la conception, la production et la distribution d’œuvres et
de contenus essentiels à l’héritage culturel et à l’imaginaire collectif de
toute une nation. L’importance du financement qu’il octroie à
l’industrie audiovisuelle et particulièrement documentaire, donne à la société
canadienne une vision unique, à travers tout le pays et par tous les types de diffusion.
Toute modification du Fonds Canadien de Télévision doit tenir compte de cette très grande
valeur de diversité culturelle et du dynamisme qu’il insuffle à l’industrie
audiovisuelle canadienne.
Le Fonds Canadien de Télévision est aussi pertinent maintenant qu’au
moment de sa création. Les preuves de son immense succès auprès de l’industrie de
production indépendante canadienne sont tangibles. Le rayonnement international de la
production canadienne est en constante progression. La contribution des entreprises de
distribution de radiodiffusion (EDR), comme celle du gouvernement canadien, sont plus
utiles à la culture canadienne que jamais, menacée comme elle l’est par la
mondialisation des ondes.
Quelques chiffres.
(Les chiffres contenus dans ce mémoire sont fournis par l’organisation
Documentaristes du Canada, membres de l’Observatoire du documentaire.) En
2005-2006, la production documentaire canadienne destinée à la télévision a atteint 424
millions de dollars, ce qui représente une augmentation de 150 % depuis 1996-1997 et
surpasse la production globale pour la télévision, qui a cru de 42 % au cours de la même
période.
Sur le marché de langue anglaise, le budget des séries documentaires est passé de 198
000 $ l’heure en 2004-2005 à 269 000 $ l’heure en 2005-2006, un record pour
cette période de neuf ans.
Les télédiffuseurs canadiens ont majoré leurs investissements dans les productions
documentaires, tant sur le plan des sommes versées que du pourcentage du budget total.
Sur le marché de langue anglaise, les droits de diffusion versés par les télédiffuseurs
sont passés de 52 millions de dollars (29 % du financement total) en 2000 2001 à 90
millions de dollars (37 % du financement total) en 2005-2006. Sur le marché de langue
française, les droits de diffusion versés par les télédiffuseurs sont passés de 18
millions de dollars (31 % du financement total) en 2000 — 2001 à 38 millions de
dollars (37 % financement total) en 2005-2006.
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