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Le fonds Canadien de Télévision
Bref historique sur le Fonds Canadien de Télévision
Présenté par Monique Simard, Directrice générale et productrice aux
Productions Virage (APFTQ)
Ce que je vais vous présenter se confirme par les chiffres que Samantha Hodder,
Documentaristes du Canada, vient de nous présenter. On a vu que depuis 1999, il y a une
croissance phénoménale du documentaire. Le FCT a été créé en 1996 et on constate que son
effet se fait sentir dans le nombre de productions, deux ou trois années plus tard: à
partir de 1999, la production augmente.
Objectivement, ce n’est pas qu’ici. Partout, il y a une augmentation de la
production. L’explosion des chaînes spécialisées est apparue partout et il faut
nourrir la bête: une des façons est par le documentaire.
Je ne vais pas faire de comparaison au niveau du financement avec les Etats-Unis car
il n’y a pas de comparable, mais bien avec l’Europe, où il y a aussi du
soutien public. Vous avez vu une statistique très éloquente, celle de l’apport
significatif, majeur, du Fonds Canadien de Télévision dans le documentaire. Ce fond,
toujours en mutation, est régulièrement remis en question, et aujourd’hui, de
s’en inquiéter n’est pas exagéré. D’ailleurs la révision a été annoncée
pour la semaine du 4 février prochain.
Tout ça fait suite à un coup d’éclat de la part de deux contributeurs majeurs au
fond, le fond Shaw et le fond Québécor, qui ont décidé de couper leur contribution.
Finalement, ils se sont rangés et ont repris leur contribution, mais la guerre est
déclarée. Alors qu’est-ce que le FCT? Il a été créé il y a 12 ans, au moment où on
créait de multiples chaînes de télé spécialisées, ce qui a profondément changé
l’offre au public canadien. Le CRTC a décidé d’exiger que le contenu de cette
offre soit basé sur certains principes: un de ces principes était d’offrir de la
production canadienne de qualité dans des genres sous-représentés par rapport à
l’offre déjà sur le marché. Ces genres sous représentés étaient: — les
émissions jeunesses, — les dramatiques, — les variétés (arts de la scène),
— le documentaire. Dès le départ, 20% devait être dédié au documentaire et devait
être donné à des producteurs indépendants, celait visait donc à stimuler la naissance et
la croissance d’une industrie audio-visuelle au Canada. Cette politique
gouvernementale avait donc deux politiques très précises: et c’est ce qui fait le
principe de base du FCT. Chaque chaîne devait remettre une part de leur profit dans le
pot et le Ministère du patrimoine allait investir aussi. Tout ça a démarré, cahin-caha et
puis les règles ont changé, au fil du temps…
Le FCT est administré par un conseil d’administration indépendant, autonome, où
il y a des représentants du milieu, même s’il s’agit d’une initiative
publique. Tous les intérêts du milieu sont donc présents et tentent de se représenter.
Tout le monde essaie toujours de tirer la couverte de son côté. On devrait faire ci, on
devrait faire ça, introduire des règles de distribution qui favoriserait tel ou tel.
Avant le producteur avait sa licence de la télévision, déposait au FCT et recevait, selon
un calcul. Les calculs étaient très compliqués et il était très difficile de prévoir si
on l’aurait. Le plus gros changement a été la séparation du pot en parties pour
chaque chaîne, pour empêcher le caractère totalement imprévisible de l’allocation
des fonds et aider les télédiffuseurs à planifier leur production. Les enveloppes sont
distribuées en fonction des licences de chacun, licences généralistes ou spécialisées,
documentaires, jeunesses, dramatiques, ou variétés. Bref les enveloppes sont ainsi
ventilées selon les quatre genres à soutenir. À savoir si cela est mieux qu’avant,
les avis sont partagés. Comment les enveloppes allaient être allouées? Selon un calcul
basé sur certains nombres de critères: la façon dont le fond est utilisé par le
télédiffuseur, les cotes d’écoute, donc le succès, qui joue en une certaine
proportion, le montant des licences, l’accès historique, soit comment les fonds ont
été utilisés par le passé, les droits de diffusion payés supérieurs à la moyenne, les
droits de diffusion versés à des productions régionales. Une bureaucratie et une
administration complexe, mais des règles qui ont le mérite d’être
transparentes.
Malgré le fait que beaucoup de télédifuseurs soient d’ardents défenseurs du FCT,
ça ne fait pourtant pas l’affaire de tout le monde. On a commandé le rapport Arpin,
suite à la crise de Shaw-Québécor, divulgué le 28 juin dernier, qui a eu le mérite de
faire l’unanimité contre lui. Celui-ci défesait complètement les principes de base
et voulait réformer dès la fin novembre le système en totalité. Il y a eu beaucoup de
protestations, à un point tel que l’on n’entendra plus parler de ce rapport
là. Il va donc y avoir des audiences publiques. Qu’arrivera t-il à l’issue de
ces audiences publiques? Les pourfendeurs du FCT sont principalement les grands
télédiffuseurs privés généralistes, qui sont aussi souvent liés avec des
cablodistributeurs… TVA, c’est aussi Québécor et Vidéotron. Les grands
contributeurs, les entreprises de distribution de radiodiffusion (EDR), disent
qu’ils ne veulent plus contribuer de cette façon là, dans un fonds public. Ils sont
prêt à contribuer encore mais en remettant cet argent-là dans un autre fonds, privé, en
garantissant qu’ils feront des productions avec… Vous voyez un petit peu là
où le bât blesse. C’est que si ça ne va que chez eux, il y a un problème, parce que
c’est pas tout le monde qui est aussi câblodistributeur, et si on ne laisse aller
que les lois du marché, nos genres sous représentés qui ont plus de difficultés à
fonctionner, selon ces mêmes lois du marché, ne seront plus protégés. Derrière la
création du FCT, il y avait une politique culturelle. C’est ça qu’il faut
comprendre. Il faut soutenir la création dramatique au Canada, avoir des scénaristes, des
réalisateurs, des acteurs. Il faut qu’il y ait des documentaristes qui travaillent,
de la créativité, des productions jeunesses, des musiciens, des arts de la scènes, et il
faut les soutenir, et dans un contexte économique, démographique, tel que le Canada, il
faut absolument avoir des programmes proactifs.
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