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Lettre d’appui à Télé-Québec
2004
[Not available in English]
Montréal, le mercredi 5 mai 2004
Madame Line Beauchamp
Ministre de la Culture et des Communications
225, Grande Allée Est, Bloc A, 1er étage
Québec (Québec)
G1R 5G5
line.beauchamp@mcc.gouv.qc.ca
Objet: Diminution de l’aide financière gouvernementale à Télé-Québec
Madame la Ministre,
L’OBSERVATOIRE DU DOCUMENTAIRE regroupe les principales associations
professionnelles de l’audiovisuel. L’Observatoire veille à ce que le
documentaire assume pleinement son rôle fondamental dans la défense de la démocratie, de
la tolérance et de l’ouverture au monde. Il favorise la prise de parole et le débat
public suscités par les œuvres d’auteurs qui traitent des enjeux, des rêves
et des valeurs de la société. Il travaille à l’amélioration des conditions de
création, de production et de diffusion du documentaire de qualité.
C’est à ce titre que nous nous inquiétons profondément des effets et des
conséquences résultant des coupures budgétaires que le Gouvernement du Québec entend
imposer à Télé-Québec et vous demandons de renoncer à cette décision dont les impacts
seront désastreux.
Le cinéma documentaire
Télé-Québec nous offre un panorama exemplaire de toutes les cinématographies
nationales, y compris la nôtre. Elle se fait un devoir enthousiaste de présenter à des
heures de grande écoute du cinéma documentaire de qualité qu’il soit social,
politique, culturel ou artistique. Télé-Québec est le seul télédiffuseur francophone au
Canada qui a une case-horaire d’une heure et demie, en heure de grande écoute,
exclusivement consacrée au long métrage documentaire.
Près de 20% de la programmation de Télé-Québec est réservée au documentaire.
Télé-Québec a ainsi présenté plus de 1100 heures de documentaires en 2003-2004. De 1999 à
2004, Télé-Québec a déclenché 208 documentaires uniques et 32 séries ou collections, pour
un total de 460 documents différents. Cela constitue un apport précieux à la
cinématographie nationale et au documentaire qui a fondé cette cinématographie.
Ces films documentaires ont été réalisés par des créateurs et des artisans
d’ici. Plus de 150 créateurs en ont assuré la réalisation, 150 les ont scénarisés
et on estime à 1 100, les artisans techniciens (caméramen, preneurs de son, monteurs et
assistants) qui y ont participé.
Impact social
Télé-Québec est une télévision exemplaire. Elle a su donner voix et images à la
société québécoise dans toute sa diversité; elle accorde une grande attention tant dans
la représentation que dans l’expression aux préoccupations des Québécois et
Québécoises de toutes les régions, de toutes les générations et de toutes les origines,
comme aucun autre télédiffuseur n’a voulu, ni su le faire au cours de la dernière
décennie en particulier.
Son public est fidèle et son taux d’audience est tout à fait comparable aux
télévisions de même type dans le monde: à plus de 3% de part d’auditoire,
Télé-Québec dépasse largement PBS qui, à la hauteur de 2%, fait la fierté des Etats-Unis
et est proportionnellement comparable à l’auditoire d’ARTE en Europe.
C’est aussi une télévision moderne, créative, ouverte sur le monde. Cette
ouverture correspond aux besoins de nos concitoyens, qui plus que jamais, sont solidaires
d’un monde en ébullition dont ils questionnent le devenir.
Diminuer la contribution de l’État au budget de Télé-Québec met en péril le
maintien et le développement des missions de Télé-Québec et va à l’encontre des
choix de la société québécoise de se doter d’une télévision qui reflète la grande
diversité de sa réalité sociale et culturelle. Cette diminution met également en péril
une cote d’écoute acquise par de nombreuses années de travail.
Impact économique
La décision de couper 5M$ du budget de Télé-Québec aura un effet important d’une
part sur le fonctionnement interne de Télé-Québec et d’autre part sur la production
indépendante.
Télé-Québec ne peut gérer son fonctionnement interne comme s’il s’agissait
de celui d’une télévision privée; en tant que télévision publique, son cahier des
charges est précis et ses mandats constituent des obligations spécifiques, en particulier
la gestion d’antennes régionales distinctes et autonomes. Elle possède aussi une
structure de production interne très compétente; les émissions qu’elle produit
elle-même sont de grande qualité et demandent beaucoup de soin et d’attention. Les
prix et les distinctions qu’elle reçoit en sont les preuves éclatantes et font la
fierté de ses artisans et de ses responsables.
Télé-Québec est aussi une télévision publique dont 80% de la production est confiée à
l’entreprise privée, ce qui constitue d’emblée un partenariat public-privé
intéressant et même exemplaire. Or une bonne partie de cette coupure de 5M$ sera
forcément une perte importante en production d’émissions québécoises pour le
secteur privé. De plus, par cet apport financier en production, Télé-Québec déclenche un
investissement considérable de la part du Fonds canadien de télévision. Sans les licences
de Télé-Québec, de nombreuses émissions culturelles ne se feront tout simplement plus
puisqu’elles ne trouveront pas preneur ailleurs. La défense et la promotion de la
culture nationale ne peuvent se réaliser dans un système basé uniquement sur les lois du
marché.
De plus une coupure de cet ordre se reflètera forcément sur le nombre, la qualité et
la diversité des émissions et pourrait susciter un phénomène de désaffection du public,
avec les conséquences sur la baisse de la cote d’écoute et sur la diminution des
revenus publicitaires. Le secteur est fragile, on le sait, et l’équilibre précaire.
Il serait fortement regrettable qu’une décision de l’État aille à
l’encontre de l’intérêt public en portant atteinte à la réputation de qualité
acquise de haute lutte par notre télévision. Tout cela de façon bien imprudente et pour
des motifs qui nous apparaissent plus conjoncturels que structurels.
Impact culturel et artistique
Télé-Québec, nous le répétons, occupe un créneau unique dans le paysage audiovisuel
québécois. Elle est la télévision de la culture québécoise moderne, diverse et ouverte
sur le monde. Télé-Québec est aussi la seule télévision dont le mandat est éducatif et
culturel et qui appartienne à la société québécoise. Dans un contexte de mondialisation
et de déréglementation où chaque pays a beaucoup de difficultés à maintenir son droit
d’intervenir pour protéger sa culture, une télévision publique est un outil
précieux pour assurer le rayonnement et la diffusion de cette culture.
Télé-Québec accorde une place de choix aux artistes et aux créateurs de toutes
disciplines (documentaires, spectacles et émissions de toutes sortes sur les arts
visuels, les arts de la scène, la littérature, etc). Elle offre un espace de création, un
lieu de diffusion et, bien entendu, un revenu aux artistes. En la diffusant, Télé-Québec
contribue largement à tenir vivante notre culture et il est de la responsabilité du
gouvernement que cela reste une priorité. Tout comme il est de la responsabilité du
gouvernement d’offrir des lieux où le public puisse avoir accès à des œuvres
de qualité. Un réseau de télévision public et culturel est un moyen extrêmement efficace
pour maintenir le lien entre le public, les artistes et les oeuvres de qualité.
Télé-Québec participe aussi à la vie artistique par la commande d’œuvres
audiovisuelles. Entre 1998-99 et 2003-04, 200 scénaristes ont créé 1220 épisodes
originaux d’une demi-heure. Et cela sans compter les nombreux autres artistes qui
contribuent à la création de ces oeuvres (réalisateurs, artisans, comédiens, narrateurs,
etc.)
En conclusion, compte tenu de l’importance sociale, économique et culturelle de
Télé-Québec, l’Observatoire du documentaire demande au gouvernement du Québec de
revenir sur sa décision. L’Observatoire demande également au gouvernement de
s’engager à ne pas diminuer l’aide financière à Télé-Québec, à protéger la
télévision publique québécoise et à contribuer à la maintenir forte et stimulante, au
service de l’ensemble de la société québécoise.
Veuillez agréer, Madame la Ministre, l’expression de nos sentiments
respectueux.
Original signé par:
Jean-Daniel Lafond
Président
Cinéaste
Lucette Lupien
Directrice générale
Cc:
Madame Monique Jérôme-Forget
Présidente du Conseil du Trésor du Québec
Monsieur Yves Séguin
Ministre des Finances du Québec
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